D’ici 2050, la population mondiale devrait atteindre 9,8 milliards d’habitants, doublant ainsi la demande alimentaire. Or, l’expansion des terres agricoles pour répondre à cette demande est insoutenable. Plus de 501 000 milliards de tonnes de nouvelles terres cultivées créées depuis 2000 ont remplacé des forêts et des écosystèmes naturels, aggravant le changement climatique et la perte de biodiversité.
Pour éviter cette crise, les scientifiques se tournent vers la sélection végétale, science qui vise à développer des cultures à rendement accru, résistantes aux maladies et capables de s'adapter au changement climatique. Cependant, les méthodes de sélection traditionnelles sont trop lentes pour répondre à l'urgence du problème.
C’est là que les drones et l’intelligence artificielle (IA) entrent en jeu comme des éléments qui changent la donne, offrant un moyen plus rapide et plus intelligent de produire de meilleures récoltes.
Pourquoi la sélection végétale traditionnelle est-elle à la traîne ?
L'amélioration des plantes repose sur la sélection de plantes présentant des caractéristiques souhaitables, telles que la tolérance à la sécheresse ou la résistance aux ravageurs, et leur croisement sur plusieurs générations. Le principal obstacle à ce processus est le phénotypage, c'est-à-dire la mesure manuelle des caractéristiques des plantes comme leur hauteur, la santé de leurs feuilles ou leur rendement.
Par exemple, mesurer la hauteur des plantes sur un champ de 3 000 parcelles peut prendre des semaines, les erreurs humaines entraînant des écarts allant jusqu’à 201 TP3T. De plus, les rendements des cultures ne progressent que de 0,5 à 11 TP3T par an, bien en deçà du taux de croissance de 2,91 TP3T nécessaire pour répondre aux besoins de 2050.
Le maïs, culture vivrière essentielle pour des milliards de personnes, illustre ce ralentissement : sa croissance annuelle de rendement est passée de 2,21 t/3 dans les années 1960 à 1,331 t/3 aujourd’hui. Pour combler cet écart, les scientifiques ont besoin d’outils permettant d’automatiser la collecte de données, de réduire les erreurs et d’accélérer la prise de décision.
Comment la technologie des drones transforme la sélection végétale
Les drones, ou systèmes aériens sans pilote (UAS), équipés de capteurs avancés et d'intelligence artificielle, révolutionnent l'agriculture. Ces appareils peuvent survoler les champs et collecter des données précises sur des milliers de plantes en quelques minutes, un processus connu sous le nom de phénotypage à haut débit (HTP).
Contrairement aux méthodes traditionnelles, les drones collectent des données sur des champs entiers, éliminant ainsi les biais d'échantillonnage. Ils utilisent des capteurs spécialisés pour mesurer divers paramètres, de la hauteur des plantes au niveau de stress hydrique.
Par exemple, les capteurs multispectraux détectent la lumière proche infrarouge réfléchie par les feuilles saines, tandis que les caméras thermiques identifient le stress hydrique en mesurant la température de la canopée.
En automatisant la collecte de données, les drones réduisent les coûts de main-d'œuvre et accélèrent les cycles de sélection, permettant ainsi de développer des variétés de cultures améliorées en quelques années au lieu de plusieurs décennies.
La science derrière les capteurs de drones et la collecte de données
Les drones utilisent divers capteurs pour collecter des données essentielles sur les plantes. Les caméras RVB, l'option la plus abordable, captent la lumière visible pour mesurer la couverture végétale et la hauteur des plants. Dans les champs de canne à sucre, ces caméras ont atteint une précision de 64 à 691 T/mm³ pour le comptage des tiges, remplaçant ainsi les comptages manuels, sujets à erreurs.
Les capteurs multispectraux vont plus loin en détectant des longueurs d'onde non visibles, comme le proche infrarouge, qui sont corrélées aux niveaux de chlorophylle et à la santé des plantes. Par exemple, ils ont permis de prédire la tolérance à la sécheresse de la canne à sucre avec une précision supérieure à 80%.
- Caméras RVBCapturez la lumière rouge, verte et bleue pour créer des images en couleur.
- Capteurs multispectraux: Détecter la lumière au-delà du spectre visible (par exemple, le proche infrarouge).
- Capteurs thermiquesMesurer la chaleur émise par les plantes.
- LiDARUtilise des impulsions laser pour créer des cartes 3D des plantes.
- Capteurs hyperspectrauxCapture de plus de 200 longueurs d'onde lumineuses pour une analyse ultra-détaillée.
Les capteurs thermiques détectent les signatures thermiques et identifient les plantes en situation de stress hydrique, qui apparaissent plus chaudes que les plantes saines. Dans les champs de coton, les drones thermiques ont permis d'obtenir des mesures de température concordantes avec les mesures au sol, avec une marge d'erreur inférieure à 51 µT.
Les capteurs LiDAR utilisent des impulsions laser pour créer des cartes 3D des cultures, mesurant la biomasse et la hauteur avec une précision de 95% lors d'essais sur la canne à sucre énergétique. Les outils les plus avancés, les capteurs hyperspectraux, analysent des centaines de longueurs d'onde lumineuses pour détecter les carences nutritionnelles ou les maladies invisibles à l'œil nu.
Ces capteurs ont permis aux chercheurs d'associer 28 nouveaux gènes au vieillissement retardé du blé, une caractéristique qui augmente les rendements.
Du vol à l'analyse : comment les drones analysent les données agricoles
Le processus de phénotypage par drone commence par une planification de vol minutieuse. Les drones volent à une altitude de 30 à 100 mètres, capturant des images se chevauchant pour assurer une couverture complète. Un champ de 10 hectares, par exemple, peut être scanné en 15 à 30 minutes.
Après le vol, des logiciels comme Agisoft Metashape assemblent des milliers d'images pour créer des cartes détaillées grâce à la technique de reconstruction 3D par mouvement (SfM), qui convertit des photos 2D en modèles 3D. Ces modèles permettent aux scientifiques de mesurer des caractéristiques telles que la hauteur des plantes ou la couverture de la canopée en un clic.
Les algorithmes d'IA analysent ensuite les données, prédisant les rendements ou identifiant les foyers de maladies. Par exemple, des drones ont scanné 3 132 parcelles de canne à sucre en seulement 7 heures, une tâche qui prendrait trois semaines manuellement. Cette rapidité et cette précision permettent aux sélectionneurs de prendre des décisions plus rapidement, comme l'élimination précoce des plants peu performants en pleine saison.
Principales applications des drones dans l'agriculture moderne
Les drones sont utilisés pour relever certains des plus grands défis de l'agriculture. Une application majeure est la mesure directe des caractéristiques des plantes, où les drones remplacent le travail manuel. Dans les champs de maïs, les drones mesurent la hauteur des plants avec une précision de 90%, réduisant les erreurs de 0,5 mètre à 0,21 mètre.
Ils suivent également le taux de couverture végétale, un indicateur de la capacité des plantes à ombrager le sol pour limiter la pousse des mauvaises herbes. Les sélectionneurs de canne à sucre énergétique ont utilisé ces données pour identifier des variétés qui réduisent la croissance des mauvaises herbes de 40%.
Une autre avancée majeure réside dans la sélection prédictive, où des modèles d'IA utilisent des données de drones pour prévoir le rendement des cultures. Par exemple, l'imagerie multispectrale a permis de prédire les rendements du maïs avec une précision de 80%, surpassant ainsi les tests génomiques traditionnels.
Les drones contribuent également à la découverte de gènes, aidant les scientifiques à localiser les segments d'ADN responsables de caractéristiques recherchées. Chez le blé, par exemple, les drones ont permis d'établir un lien entre la couleur verte du couvert végétal et 22 nouveaux gènes, ce qui pourrait améliorer la tolérance à la sécheresse.
De plus, les capteurs hyperspectraux détectent des maladies comme le greening des agrumes des semaines avant l'apparition des symptômes, ce qui donne aux agriculteurs le temps d'agir.
Optimisation des gains génétiques grâce à une technologie de précision
Le gain génétique — l’amélioration annuelle des caractéristiques des cultures grâce à la sélection — se calcule à l’aide d’une formule simple :
(Intensité de sélection × Héritabilité × Variabilité du caractère) ÷ Durée du cycle de reproduction.
Le gain génétique (ΔG) est calculé comme suit :
ΔG = (i × h² × σp) / L
Où:
- i = Intensité de sélection (de quel point les éleveurs sont stricts).
- h² = Héritabilité (la part d'un trait transmise des parents à la descendance).
- σp = Variabilité des caractéristiques au sein d'une population.
- L = Durée par cycle de reproduction.
Pourquoi c'est importantLes drones améliorent toutes les variables :
- i: Scan 10 fois plus de plantes, permettant une sélection plus rigoureuse.
- h²Réduire les erreurs de mesure, améliorant ainsi les estimations d'héritabilité.
- σp: Capturer les variations subtiles des caractéristiques sur des champs entiers.
- LRéduire le temps de cycle de 5 ans à 2-3 ans via des prédictions préliminaires.
Les drones optimisent chaque aspect de ce processus. En scannant des champs entiers, ils permettent aux sélectionneurs de retenir les 11 meilleures plantes (TP3T) au lieu des 101 meilleures (TP3T), ce qui intensifie la sélection. Ils améliorent également les estimations d'héritabilité en réduisant les erreurs de mesure.
Par exemple, l'évaluation manuelle de la hauteur des plantes introduit une variabilité de 20%, tandis que les drones la réduisent à 5%. De plus, les drones capturent des variations subtiles des caractéristiques sur des milliers de plantes, maximisant ainsi la variabilité des caractéristiques.
Plus important encore, elles raccourcissent les cycles de sélection en permettant des prédictions précoces. Les sélectionneurs de canne à sucre utilisant des drones ont triplé leurs gains génétiques par rapport aux méthodes traditionnelles, ce qui prouve le potentiel transformateur de cette technologie.
Surmonter les défis et embrasser l'avenir
Malgré leur potentiel, le phénotypage par drones reste confronté à des défis importants. Le coût élevé des capteurs avancés constitue un obstacle majeur : les caméras hyperspectrales, par exemple, peuvent coûter plus de 1 TP4T50 000, ce qui les rend inaccessibles à la plupart des petits exploitants agricoles.
Le traitement des volumes massifs de données collectées exige également d'importantes ressources de calcul en nuage, ce qui augmente les coûts. Les plateformes d'IA comme AutoGIS automatisent l'analyse des données, éliminant ainsi le besoin de saisie manuelle.
Les chercheurs intègrent également des drones à des capteurs de sol et à des stations météorologiques, créant ainsi un système de surveillance en temps réel qui alerte les agriculteurs en cas de ravageurs ou de sécheresse. Ces innovations ouvrent la voie à une nouvelle ère d'agriculture de précision, où les décisions fondées sur les données remplacent les conjectures.
Conclusion
Les drones et l'IA ne se contentent pas de transformer la sélection végétale ; ils redéfinissent l'agriculture durable. En permettant un développement plus rapide de cultures à haut rendement et résistantes à la sécheresse, ces technologies pourraient doubler la production alimentaire d'ici 2050 sans étendre les surfaces agricoles.
Cela permettrait de préserver plus de 100 millions d'hectares de forêts, soit l'équivalent de la superficie de l'Égypte, et de réduire l'empreinte carbone de l'agriculture. Les agriculteurs utilisant des données de drones ont déjà réduit leur consommation d'eau et de pesticides jusqu'à 301 000 tonnes, protégeant ainsi les écosystèmes et diminuant leurs coûts.
Comme l'a souligné un chercheur : “ Nous ne devons plus deviner quelles plantes sont les meilleures. Les drones nous le disent. ” Grâce à des innovations continues, cette fusion de la biologie et de la technologie pourrait garantir la sécurité alimentaire de milliards de personnes tout en préservant notre planète.
RéférenceKhuimphukhieo, I., & da Silva, JA (2025). Phénotypage à haut débit sur le terrain par systèmes aériens sans pilote (UAS) : un outil pour les sélectionneurs de plantes : une revue exhaustive. Smart Agricultural Technology, 100888.






























